Temps gris sur Paris

Chronique d’une vie parisienne…
N’ayant pu supporter la moiteur d’une chaude soirée d’été, vous avez eu le malheur de laisser entrouverte la porte-fenêtre de la chambre. Qui grince, qui bouge et qui laisse passer l’air… et le bruit – cette porte-fenêtre est stupide, il convient d’exiger la venue d’un changeur de fenêtre dans les plus brefs délais. Comme le dit la chanson, il est cinq heure, Paris s’éveille !
L’Homme n’ayant pas épuisé ses vingt heures de sommeil quotidien, il se lève d’un bond et de mauvaise humeur, vous faisant déjà remarqué votre responsabilité exclusive dans son manque de sommeil. Il est vrai que vous avez omis d’user de votre autorité légendaire pour faire taire Paris l’insomniaque !
Oubliant subtilement votre nécessaire contact entre ses petites lèvres et les vôtres, l’Homme se dirige alors vers sa seule maîtresse matinale, la seule qui puisse accaparer son énergie (très maigre à une telle heure de la journée) et son attention : la cafetière.
Pour votre part, pour faciliter sa matinée, vous vous précipitez hors du lit, tombant dans les cordons d’un ordinateur mal rangé (celui de l’Homme) et courrez dans la cuisine pour y préparer les tartines et les jus de fruit.
Après un tour sur la terrasse (pour constater l’existence de ses plantes, second amour de votre Homme), une consultation aux wc et un passage par le couloir (?), l’Homme s’installe en silence face à vous pour y ingurgiter une première gorgée de drogue caféine. Et là, à cet instant précis, vous commettez votre seconde grande faute : lorsque l’Homme consent enfin à tendre sa main vers vous pour vous faire savoir qu’il est disposé à admettre votre présence, vous rejeter cette main tendue.
L’Homme se précipite alors vers la douche – qu’il souhaitait zapper nonchalamment – pour se retrouver et se préparer. Il repasse face à vous pour vous annoncer qu’il ne déjeunera pas « Plus envie ».
Alors de rage, et pour éviter de casser la vaisselle, vous jeter le pain amoureusement préparé à la poubelle et le jus d’orange dans l’évier. L’Homme s’en aperçoit et vous adressera quelques minutes plus tard un texto, alors qu’il vient à peine de partir en claquant la porte, pour vous annoncer d’un ton sans appel, qu’il n’achètera plus jamais le pain. Cette charge vous reviens donc de fait, une de plus.
Autre grande erreur matinale, vous avez testé hier le nouveau système urbain de location de vélos et en avez longuement vanté les mérites à votre Homme hier soir lors de son retour au foyer conjugal. L’Homme, toujours dans son élan de nervosité, décide pourtant de s’adresser à la technologie contemporaine et donc de louer auprès de cette machine – incapable par nature de facilité la manœuvre en vue de son état d’excitation – un vélo. L’appareil fonctionne, mais après une longue séance de discussion homo-robotique qui prépare l’abonnement quotidien et le dépôt de caution de l’Homme, celle-ci annonce finalement que sur les cinq vélos présents : quatre sont déclarés en maintenance et le cinquième est absent. Second texto de l’Homme pour insister sur votre implication évidente dans la mauvaise gestion de Decaux et du marché public qui le relit à la Mairie de Paris. Il est vrai que quelques mois auparavant, vous avez vous-même rédigé la note stratégique invitant les élus locaux qui vous employaient à adopter la-dite convention, c’est sans nul doute sur cette aspect technique de votre vie que l’Homme souhaite attirer votre attention par ce texto.
Retrouvant votre calme après plusieurs tasses de café et la lecture de trois quotidiens, vous découvrez alors qu’Internet ne fonctionne pas ce matin. Encore une source de frustration pour vous et vous vous félicitez intérieurement que ce n’était pas ce matin que l’Homme devrait imprimer d’urgence un rapport important qu’il n’avait pas eu le temps de finir hier soir au travail (alors pourquoi rentrer ?).
La journée continuera et le ciel parisien décidera peut-être de s’éclaircir avant le dîner de ce soir. Car pour compliquer encore cette fabuleuse journée (le vendredi 13 s’était la semaine dernière, non ?), vous avez convaincu l’Homme de vous accompagner ce soir à un dîner avec toutes vos copines gays regroupées dans une association de lobby politique. Encore une belle soirée en perspective !